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Qu’est-ce que les neurosciences peuvent apporter aux ressources humaines?

Devenues populaires ces dernières années, les neurosciences inspirent de nombreux professionnels, dont ceux travaillant dans les ressources humaines. Que cela soit pour apprendre à mieux se connaître, manager, communiquer, les formations ou méthodes qui prétendent s’appuyer sur cette discipline sont légion. Mais comme le rappelle Marie Prevost, docteur en neurosciences, il ne s’agit pas d’«une pilule magique». Pourtant, celle qui a justement lancé la Fabrique à Neurones pour diffuser ce savoir via des ateliers cognitifs est convaincue qu’il peut être utile pour les professionnels des ressources humaines. Alors, comment bien se saisir du sujet?

Dans un premier temps, rappelons ce que sont les neurosciences. Ce sont «les sciences qui s’intéressent à la compréhension du fonctionnement du système nerveux», commence Marie Prevost. «C’est assez large. C’est de la biologie qui va s’intéresser à tous les êtres vivants qui ont un système nerveux. Si on recentre un peu, chez l’humain, cela concerne le fonctionnement du cerveau au niveau anatomique, cellulaire, mais aussi comportemental. Et c’est cela qui est le plus à la mode aujourd’hui. C’est de comprendre les comportements humains et ce que les neurosciences peuvent apporter dans cette compréhension».

Comment repérer les bonnes ressources?

C’est en couplant les neurosciences à d’autres disciplines qu’elles peuvent être utiles dans la vie de tous les jours et dans l’univers professionnel. «C’est vrai que les neurosciences toutes seules ce n’est peut-être pas suffisant. Il faut ajouter un peu de psychologie, de la sociologie, parfois de l’économie appliquée, et d’autres disciplines qui essayent aussi de comprendre les comportements humains. Et tout cela ensemble rend les neurosciences plus intéressantes. Elles apportent leur pierre à l’édifice pour mieux fonctionner individuellement et collectivement dans notre société».

Mais parmi tout ce qui est proposé aujourd’hui, comment repérer les formations, conférences, et autres ressources qui s’appuient vraiment sur des connaissances scientifiques? Marie Prevost conseille de regarder le cursus de la personne, possède-t-elle un diplôme en neurosciences ou en cognition (sciences cognitives, psychologie cognitive…) ou une certification dans ce domaine? Des références scientifiques sont-elles proposées? Et si des articles scientifiques sont proposés pour appuyer les propos proviennent-ils de journaux de référence dans le domaine comme Nature, PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) ou encore The Journal of Neuroscience. Ce sont les premières choses à regarder.

Car plus qu’il n’y paraît, les fausses idées sur les neurosciences se sont déjà très vite répandues dans l’imaginaire collectif.

Retrouvez l’interview complète de Marie Prevost, docteur en neurosciences et fondatrice de La Fabrique à Neurones

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Les fausses croyances sur les neurosciences

S’il est difficile de mentionner toutes les croyances erronées sur les neurosciences, Marie Prevost cite par exemple celle selon laquelle ‘nous n’utilisons que 10% de notre cerveau’. «Ce n’est pas du tout le cas. Nous utilisons 100% de notre cerveau. Donc quand on propage ces notions-là ce n’est pas scientifiquement rigoureux, ce n’est pas sérieux», explique la docteur en neurosciences.

Autre exemple, «de dire que l’on est plus cerveau gauche ou cerveau droit». Cela aussi repose sur un fondement scientifique très douteux. Nous utilisons vraiment nos deux hémisphères pour fonctionner au quotidien. On peut avoir des choses qui sont plus ‘latérialisées’ mais dire ‘je suis cerveau gauche’, ‘je suis cerveau droit’, il y a un côté séduisant dans le discours, mais qui n’est pas scientifiquement fondé».

Or, partir de faux fondements pour ensuite mettre des actions en place dans l’entreprise ou revoir son management peur être dommageable.

Gestion des conflits, relations sociales… Comment les neurosciences peuvent être utiles

Mais bien utilisée, la discipline peut en effet aider dans certains aspects du métier des ressources humaines, par exemple dans la gestion des conflits ou encore une meilleure compréhension des relations sociales.

Marie Prevost cite par exemple l’utilité que peuvent avoir les neurosciences pour avoir une meilleure compréhension des enjeux liés à la concentration. «Quand nous voulons nous concentrer, nous utilisons un réseau neuronal spécifique qui est sous notre contrôle. Et puis nous avons un autre réseau neuronal qui nous sert à être alerte à ce qui se passe autour de nous. Une partie de ce deuxième réseau de vigilance est situé dans le tronc cérébral. C’est là que l’on retrouve aussi le rythme cardiaque par exemple, la respiration, qui sont des choses qui ne dépendent pas de notre volonté. On ne peut pas dire ‘je vais arrêter de faire battre mon cœur’», commence cette dernière.

«Si on comprend du coup qu’une partie de ce cerveau, le réseau de la vigilance à ce qui se passe autour de nous, est situé dans ce tronc cérébral, et que c’est un endroit qui échappe un peu à notre volonté, on comprend aussi que lorsqu’il se passe des choses autour de nous ce réseau va être activé en pensant qu’il y a peut-être un danger», poursuit Marie Prevost.

«Donc en comprenant cela, on réalise qu’en fait ce n’est pas naturel de penser que ce n’est pas grave s’il y a plein de distractions autour de soi, de croire que l’on saura y résister quand on sait qu’on n’est pas du tout câblé dans notre cerveau pour cela. Au contraire, nous sommes câblés pour être alertes à ce qui se passe autour de nous au cas où il y a un danger», conclut la docteur en neurosciences.

Un enseignement qui peut par exemple être utile pour comprendre pourquoi l’open space peut épuiser les collaborateurs à la fin de la journée, s’assurer que ces derniers ont bien dans espaces au calme pour travailler. Dans un contexte de télétravail, cela peut aussi permettre de mieux comprendre la fatigue de ceux qui n’ont pas des conditions au calme pour bien travailler par exemple. Et se rappeler que la concentration n’est pas qu’une question de volonté si les conditions alentours ne sont pas bonnes.

Comment s’initier aux neurosciences?

La Fabrique à Neurones fait partie des acteurs qui initient les novices à la discipline pour qu’ils puissent repartir avec des enseignements utiles dans leur quotidien ou encore au travail. En fonction du degré de connaissances que vous voulez atteindre des masters en neurosciences sont aussi accessibles. Vous pouvez aussi trouver des Moocs parfois gratuits.

Côté lecture, ce qui peut être aussi une bonne façon de découvrir les neurosciences, Marie Prevost recommande notamment l’auteur Stanislas Dehaene, neuroscientifique, et son ouvrage «Apprendre!» ou encore Bernard Anselem, médecin, titulaire d’un master de recherche en neuropsychologie et co-auteur notamment de «Les talents cachés de votre cerveau au travail».

Innocentia Agbe

Journaliste @LeJournaldes RH et @FrenchWeb.fr Merci d'adresser vos communiqués de presse et informations à redaction@lejournaldesrh.fr

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