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Pourquoi le futur de l’intérim sera phygital

Interview d'Emilie Legoff, CEO de la plateforme Troops

Véritable thermomètre du secteur du recrutement, l’intérim permet d’entrevoir une reprise ou non de l’emploi sur le plus long terme. Il permet ainsi à certaines entreprises de recruter de façon temporaire, le temps de pouvoir pérenniser un poste. Dans d’autres secteurs, comme le BTP ou l’industrie, il est une variable d’ajustement couramment utilisé. Pourtant, alors que d’autres pans de l’économie sont déjà bien avancés dans leur digitalisation, l’intérim avait encore besoin d’accélérer. Et 2021 semble bien être le grand tournant.

Signe de cette accélération, les levées de fonds qui s’enchaînent dans le secteur. On peut citer celle de 35 millions d’euros réalisée par l’agence d’intérim 100% digitale Iziwork ou encore l’Espagnol JobandTalent, évoluant sur le même créneau, et qui a récolté 88 millions d’euros pour notamment s’implanter en France.

Plateformes 100% digitales et acteurs historiques: chacun ajuste sa stratégie

Si les agences d’intérim 100% digitales ne sont encore qu’une toute petite partie du marché- 1% en 2019- les entreprises historiques du secteur lancent leurs propres solutions à l’instar de «Mon agence en ligne» d’Adecco. Et surtout, ces dernières poursuivent leur digitalisation tout en gardant leurs agences physiques. De leur côté, certains acteurs 100% digitaux se sont rendus compte qu’il s’agit d’un secteur où doit perdurer le contact humain, que tout le processus ne peut pas se faire en ligne. Pour répondre à cet enjeu, la plateforme Iziwork travaille par exemple avec des «partenaires». Il s’agit de recruteurs professionnels qui se lancent à leur compte en s’appuyant sur la plateforme et qui sont donc aussi présents sur le terrain.

L’avenir qui se dessine pour l’intérim n’est donc ni 100% digital ni 100% physique, mais entre les deux. «Je pense qu’à terme on aura un secteur de l’intérim qui sera entièrement phygital. C’est-à-dire des agences peut-être moins nombreuses mais plus qualitatives, avec plus de relations humaines et qui s’appuient sur un outil extrêmement digital pour tous les process», illustre Emilie Legoff, CEO de Troops, spécialisé dans la digitalisation des processus RH, notamment pour le secteur de l’intérim.

Retrouvez l’interview complète d’Emilie Legoff, CEO de Troops, platefome qui permet de digitaliser les processus RH, notamment dans l’intérim

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L’opportunité pour les agences de redessiner leur relation avec les intérimaires

Pour les acteurs historiques se transformer est dans tous les cas un impératif. Les enjeux de la digitalisation du secteur sont en effet nombreux.

Cela concerne en premier lieu la partie administrative, lourde et facilement sujette aux erreurs avec les processus classiques. «Aujourd’hui, au minimum, tout est fait par e-mail. Mais même dans ce cas de figure, lorsque l’on envoie un relevé d’heures ou des contrats de travail, il faut relancer pour que cela soit signé. Il peut également y avoir des erreurs de ‘re-saisie’ ensuite quand on va faire les factures ou les paies, etc. Alors que quand le processus est digitalisé, que les heures sont directement entrées dans une pointeuse, tout est basculé au niveau digital. Il y a plus de sécurité et beaucoup moins d’erreurs. Cela permet aussi de restructurer un peu les agences, de les réorganiser pour qu’elles soient plus efficaces », décrit Emilie Legoff.

«Enfin les collaborateurs ont le temps de lever un peu la tête et de demander aux intérimaires comment ils vont, comment ils veulent évoluer, de beaucoup mieux les accompagner. En fait, cela permet de remettre plus d’humain dans la relation parce qu’on a enlevé toutes les tâches lourdes, administratives, répétitives, qui participaient grandement à la relation avec les intérimaires», développe  Emilie Legoff. C’est ainsi une opportunité pour les agences de réinventer leur relation avec les intérimaires. Nul doute que l’avenir appartient à celles qui sauront le faire.

Et du côté des entreprises utilisatrices?

Dans le triptyque qu’est l’intérim, entre l’agence, l’intérimaire et l’entreprise donneuse d’ordre, la digitalisation permet aussi à cette dernière et aux RH concernés, d’avoir une autre relation avec leur agence d’intérim. Comment?

Emilie Legoff décrit ce qu’il est possible de faire lorsqu’une agence a effectué sa transformation digitale: “L’avantage pour les entreprise est qu’elles acquièrent une certaine autonomie et un peu plus de transparence. Avant quand elles avaient un besoin, elles passaient un coup de fil ou elles envoyaient un e-mail et derrière c’était l’agence d’intérim qui faisait son travail.Mais elles n’avaient pas le choix parmi les différents profils d’intérimaires. Aujourd’hui, avec les outils digitaux, les agences d’intérim présélectionnent un pool d’intérimaires. L’entreprise utilisatrice peut directement voir qui est disponible et elle peut faire des contrats en toute autonomie. Elles va notamment être en mesure de faire des contrats à 22 heures le soir ou les week-ends, même si l’agence est fermée».

Avec cette vision phygitale, ce sont donc aussi bien les parties «administrative» que « délégation» qui évoluent.

Innocentia Agbe

Journaliste @LeJournaldes RH et @FrenchWeb.fr Merci d'adresser vos communiqués de presse et informations à redaction@lejournaldesrh.fr

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