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Ne pas confondre travail d’équipe et parallélisation du travail

Par Bertrand Duperrin, expert FrenchWeb

Lors d’une discussion récente sur les qualités recherchées chez les candidats quelqu’un m’a dit « aujourd’hui ce que veulent les entreprises ce sont des gens doués pour le travail d’équipe parce que maintenant c’est comme cela que l’on travaille ». Un blanc a suivi cette phrase. Un peu comme si d’un seul coup certains venaient de réaliser qu’il y avait quelque chose qui sonnait faux dans l’énoncé.

Collaboration, coopération, travail d’équipe… des mots qu’on emploie souvent les uns à la place des autres pour dire « des gens qui travaillent ensemble ». Mais qui recouvrent des réalités bien différentes. Combien de managers ai-je vu confondre mettre en place le travail d’équipe et faire travailler une équipe.

Faire travailler en équipe ou faire travailler une équipe ?

Pour fonctionner par analogie sportive, le travail d’équipe suppose des interactions entre les uns et les autres. Le football ou le basket sont des sports d’équipes. Les joueurs se passent une balle, pallient (ou tentent de le faire) aux erreurs les uns des autre, se positionnent les uns par rapport aux autres, bref s’adaptent en permanence à ce que font les autres (et leurs adversaires). Et ils se parlent pour s’adapter.  Le collectif n’est pas la somme des individualités. Il peut lui être supérieur ou inférieur.

Prenons ensuite l’aviron. Pas d’interaction, chacun sait exactement ce qu’il doit faire. Chacun produit son effort parallèlement à celui des autres. Alors bien sur il faut de la coordination, il faut que tout le monde soit idéalement dans le même rythme. Inutile de se parler. Mais à la fin le collectif est le résultat de la somme des efforts individuels.

Bien sur la comparaison est un peu simpliste mais c’est l’analogie qui compte.

Dans un cas travail d’équipe, dans l’autre du travail parallélisé. Et la coopération ? Je ne peux m’empêcher de vous parler de course de relais et vous proposer cette vidéo truculente de Yves Morieux. Regardez à partir de 3.36 même si je vous conseille de voir la vidéo dans son intégralité (et d’acheter son livre).

Reparlons un peu de l’entreprise.

Selon le type de tâche, selon le métier, ce dont on a besoin c’est du travail d’équipe ou de la coopération. Ce que l’on voit encore beaucoup trop souvent c’est de la parallélisation. Dans la parallélisation le manager ne fait pas de travail en équipe mais fait travailler une équipe.

Beaucoup d’équipes font vie commune mais chambre à part.

Quelle est la différence ?

Les gens ne travaillent pas ensemble mais individuellement. On peut éventuellement dire qu’ils travaillent ensemble s’ils sont dans le même local mais ils seraient à des kilomètres les uns des autres ce serait pareil. Vie commune mais chambre à part.

Le manager distribue le travail et consolide. Dans le travail d’équipe tout le monde a conscience du but final et de la manière dont chacun y contribue. Dans le travail parallélisé c’est souhaitable mais pas nécessaire.: chacun fait sa tâche dans son coin sans avoir à se préoccuper de ce que font les autres.

On n’échange pas et on ne s’adapte pas ensemble, on n’est pas dans l’ajustement collectif permanent. A la place on reporte au supérieur qui décide des ajustements.

Le travail d’équipe ? Une fiction dans beaucoup d’endroits

La différence fondamentale tient à la vision du manager a de son rôle. Dans un cas il fixe des objectifs, anime, laisse les équipes trouver des solutions, les aide à les trouver, dans l’autre il organise, contrôle, règle les problèmes collectifs. Dans un cas les interactions sont au sein de l’équipe, dans l’autre principalement entre les membres de l’équipe et le manager.

Quand je vois le nombre d’équipes où finalement les gens échangent peu , peu ou pas de décisions sont prises par l’équipe mais par le manager, il y a encore de la marge avant que le travail d’équipe ne soit une réalité partout.

L’expert:

bertrand-duperrinBertrand Duperrin est Digital Transformation Practice Leader chez Emakina. Il a été précédemment directeur conseil chez Nextmodernity, un cabinet dans le domaine de la transformation des entreprises et du management au travers du social business et de l’utilisation des technologies sociales.

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