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Les étudiants français sont encore trop peu formés à l’analyse des données

Angelica Reyes, directrice marketing France chez Qlik

La montée en puissance de la donnée a bouleversé le fonctionnement des entreprises. Elle est devenue l’un des principaux moteurs et l’une des premières sources de croissance pour ces dernières. La relation avec la donnée a naturellement évolué, imposant aux entreprises de recruter des profils compétents qui soient capables de la lire, de la travailler, de l’analyser et d’argumenter.

Ces dernières années ont été marquées par une deuxième vague puisque dorénavant quel que soit le rôle d’un collaborateur lorsqu’il entre dans le monde du travail, l’analyse des données est devenue nécessaire – notamment dans un monde post-factuel où les fake news et les manipulations de données sont légions. Ces compétences deviennent encore plus importantes.

La maitrise des données… une compétence qui s’acquiert dès l’enseignement supérieur

Cependant, lorsque les étudiants achèvent leur cursus et arrivent sur le marché du travail, on constate une véritable déconnexion entre leur formation théorique et la réalité sur terrain. Aujourd’hui, seulement 5 % des diplômés français savent lire les données ; ce pourcentage illustrant un faible taux général d’« alphabétisation de la donnée ». Ce chiffre relativement bas s’exprime par le fait que l’analyse des données ne figure tout simplement pas au programme de nombreux cursus.

Certes, quelques cursus intègrent l’enseignement d’une forme d’analyse de données ou de manipulation des données, mais celui-ci est noyé dans de nombreuses autres matières plus générales. Cela est également le cas dans des formations très spécialisées comme les statistiques avancées, qui ne sont suivies que par un petit noyau d’étudiants, dont certains deviendront par la suite des data scientists . Or, à l’heure où tous les salariés sont susceptibles de manipuler des données, il est primordial que leur apprentissage devienne universel. S’il existe déjà des MBA qui ont développé des cursus spécifiques pour former les managers de demain à l’instar du MBA Management et Big Data, c’est encore trop peu. Dans d’autres domaines, l’apprentissage de la donnée fait son entrée par la petite porte – en particulier dans les cours de gestion d’entreprise et d’autres cours de MBA. Cet enseignement spécifique n’est toujours pas une priorité et lorsqu’il est question de former les étudiants pour leur future carrière, les données n’entrent tout simplement pas dans l’équation.

Comment combler cette lacune ?

La transformation digitale si fréquemment évoquée depuis quelque temps est en grande partie portée par la donnée. La vague des données a déferlé si vite que les enseignements et professeurs venant souvent du monde universitaire n’ont pas toujours eu le temps de suivre ce rythme effréné et de s’approprier ces nouveaux enjeux. En effet, même les professeurs les plus aguerris dans le domaine de l’informatique se concentrent davantage sur la programmation plutôt que de se pencher sur la question des nouveaux moyens de s’approprier les données.

Afin d’éviter que le fossé ne se creuse davantage entre universitaires et entreprises, certaines d’entre elles prennent le problème à bras le corps et proposent des formations directement à destination des professeurs. L’objectif est de créer un lieu d’échange et de partage des connaissances notamment sur les dernières technologies telles que l’IA, l’analytique mais également sur la prise en considération de la dimension humaine dans la compréhension et l’analyse des données.

Les nouvelles formes d’enseignements complémentaires via le e-learning sous forme de Mooc spécialisés permettent également de compléter le bagage des futurs salariés. Elles ont comme point fort d’être souvent menées par des professionnels de la donnée.

Parmi les dernières pistes envisagées, l’apprentissage dès le plus jeune âge de la puissance des données est sans aucun doute l’une des plus encourageantes. Cette première approche prend souvent la forme de stages de formation de programmation à destination des jeunes enfants à l’image de CodeCodeCodec, une école de code pour les enfants.

Au-delà de la problématique de trouver les profils adéquats pour les entreprises, un problème socio-économique est également en train d’émerger. De nombreux pays ont pris de l’avance dans l’analyse des données en investissant davantage dans la formation. Le pari du gouvernement de miser sur l’IA pour la productivité future pourrait être fortement remis en question par manque de compétences françaises en matière de maîtrise des données. De ce fait, si des investissements à court-terme au niveau universitaire sont envisagés, il faudra également se pencher rapidement sur cette question dès les études secondaires pour donner aux lycéens et collégiens une formation de base en matière d’analyses afin qu’ils aient les outils pour se forger un véritable esprit critique permettant de faire la distinction entre les vraies informations et les fake news. Au-delà de l’aspect personnel, cette capacité sera un véritable atout supplémentaire pour leur avenir professionnel à terme.

La contributrice

Angelica Reyes est Directrice marketing de Qlik en France et en Suisse depuis 2015. Elle a commencé sa carrière chez Intershop, avant de rejoindre Microsoft pour développer la présence de l’entreprise sur le segment Internet puis prendre en charge le lancement de SQL Server et de la suite décisionnelle Microsoft sur le marché français, au début des années 2000.

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