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La santé au travail met-elle trop de temps à innover?

Interview de Denys Brunel, président du Service aux Entreprises pour la Santé au Travail Ile-de-France (SEST)

La proposition de loi pour renforcer la prévention en santé au travail est en train d’être examinée par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. Selon les derniers chiffres fournis par l’Assurance Maladie, en 2019, la fréquence des accidents du travail a été en légère diminution par rapport à l’année précédente (33,5 pour 1 000 salariés) et reste toujours historiquement bas.

En revanche, du côté des maladies professionnelles, pour la deuxième année consécutive, leur nombre a été en hausse à +1,7% avec plus de 50 390 cas reconnus. Les troubles musculo-squelettiques sont à l’origine de 88 % d’entre elles.

Chiffres 2019. Crédit: Assurance Maladie.

Retrouvez l’interview complète de Denys Brunel, président du Service aux Entreprises pour la Santé au Travail Ile-de-France (SEST)

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Une nécessaire transformation des outils

L’un des enjeux aujourd’hui: améliorer la prévention. Mais pour Denys Brunel, président du Service aux Entreprises pour la Santé au Travail Ile-de-France (SEST), cela ne pourra se faire sans répondre aussi aux enjeux d’innovation que connaît le secteur.

«Il y a un premier élément qui inspire le projet de loi et avec lequel je suis 100% d’accord: une réforme très profonde est nécessaire. La santé au travail malheureusement est mal perçue aussi bien des salariés que des chefs d’entreprise», commence Denys Brunel. «Les chefs d’entreprise considèrent que cela coûte cher et ne leur sert pas à grand chose. De leur côté, les salariés ne voient pas très bien à quoi cela leur sert car tout le monde est focalisé sur la fameuse visite médicale. Or, pour nous, cela est de loin l’aspect le moins important de notre travail qui est d’abord de la prévention».

Cependant, pour le président du SEST Ile-de-France, qui surveille environ 105 000 salariés avec 9 implantations dans la région et 80 collaborateurs dont 25 médecins équivalents temps plein, la santé au travail ne pourra pas réellement faire un bond en avant sans d’abord réussir sa transformation.

Pour y parvenir celui-préconise de regrouper les services, au nombre environ de 230 dans tout le pays, car selon lui «beaucoup de petits n’ont pas la capacité de s’insérer dans la médecine moderne par manque de moyens financiers et de compétences en interne». Un regroupement que prévoit en effet le projet de loi. «Il faudra avoir 75 000 salariés surveillés. De plus, il y a une certification obligatoire qui va aussi élever le niveau d’exigence».

Cependant pour Denys Brunel, il faudrait aller plus loin. Pour pousser la transformation des outils, ce dernier pense que l’Etat devrait imposer un logiciel commun à tous les services via un appel d’offres. Cela permettrait également d’obliger ceux qui fonctionnent encore avec des fiches cartons à accélérer sur le sujet. «Nous devons avoir un logiciel métier, ou au maximum deux, car la médecine d’aujourd’hui ce sont des données et la France est en retard». L’enjeu: pouvoir ensuite se servir de ces données pour faire de la médecine prédictive, déduire des éléments de soin, de prévention et d’alerte.

«Pour être dans ce schéma, il faut avoir des logiciels performants qui vont alimenter cette base et des process rigoureux», poursuit ce dernier. «C’est un élément qui à mon avis devrait compléter la loi».

“La prévention ce n’est pas seulement pour avoir bonne conscience”

Mais une réelle transformation ne pourra avoir lieu sans une réelle implication des entreprises sur l’importance de la prévention pour la santé au travail rappelle Denys Brunel.

«Nous voulons démontrer aux entreprises que la prévention ce n’est pas seulement pour avoir bonne conscience. C’est une contribution aux résultats économiques de l’entreprise. Si on baisse l’absentéisme, les accidents du travail, c’est bien pour les salariés mais cela l’est aussi pour la santé économique de l’entreprise», développe ce dernier. «Nous voulons arriver à les convaincre que la santé au travail ce n’est pas un gadget. C’est un élément de leur compte d’exploitation».

De son côté, pour sensibiliser les salariés à la prévention, le SEST met notamment en place de l’e-learning. Ces derniers peuvent retrouver des conseils et des exercices, par exemple sur les postures ou encore les troubles musculo-squelettiques.

Mais, là encore Denys Brunel insiste sur le fait que «cela ne peut pas être laissé à l’initiative individuelle. Il faut une action de l’entreprise, de la conviction pour expliquer aux salariés tous les bénéfices qu’ils vont en tirer».

Innocentia Agbe

Journaliste @LeJournaldes RH et @FrenchWeb.fr Merci d'adresser vos communiqués de presse et informations à redaction@lejournaldesrh.fr

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