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6e vague de l’Observatoire des Acteurs du Travail IPSOS / MANPOWER

L’Observatoire des Acteurs du Travail réalisé par Ipsos pour l’Institut Manpower pour l’Emploi confronte le regard des salariés et des chefs d’entreprise sur le monde du travail. Cette sixième vague révèle une forte augmentation de l’inquiétude, tant chez les salariés que chez les chefs d’entreprise. Les salariés expriment en particulier des craintes de plus en plus fortes pour leur pouvoir d’achat mais aussi, et c’est une nouvelle tendance, en ce qui concerne le maintien de leur emploi.

Une très forte augmentation du niveau d’inquiétude des chefs d’entreprise et des salariés

Le niveau des préoccupations des entrepreneurs atteint son plus haut niveau (38% contre 32% en mars 2008), soit une progression de 6 points. Plus précisément, l’optimisme vis-à-vis de la santé économique de leur entreprise pour les prochains mois dévisse de 11 points et passe de 72% à 59%. Certes, la majorité des opinions restent très positives, il n’empêche que la baisse est importante. De même, on note aussi une très forte régression de l’optimisme des entrepreneurs en ce qui concerne l’évolution de leur secteur d’activité. Sur ce sujet, désormais seulement 45% des dirigeants interrogés voient l’avenir de façon positive. En ce qui concerne les salaires et les embauches, là encore on note une réelle dégradation de la situation, même si elle est moins importantes : rares sont aujourd’hui ceux qui se montrent optimistes quant aux possibilités d’augmenter les salaires des salariés (31%, -4 points) et les possibilités d’embauche (22%, -4 points).

On note en revanche un très léger regain de confiance dans les pouvoirs publics pour défendre les intérêts des entreprises (32%, +8 points), très certainement du en partie au contexte actuel et plus spécifiquement à l’attitude du gouvernement face aux mouvements sociaux visant à s’opposer à la remise en cause des 35 heures. La confiance reste toutefois minoritaire.

A l’inquiétude des chefs d’entreprise répond une très forte augmentation de celle des salariés. De fait, lorsqu’on leur demande quels sont les termes qui résument le mieux leur état d’esprit aujourd’hui lorsqu’ils pensent à leur travail, l’inquiétude arrive largement en tête (48%). Elle enregistre une hausse de 9 points par rapport à mars 2008 et arrive juste devant le stress (40%, +1 point).

La seconde plus forte progression concerne la colère (21%) qui connaît une hausse de 4 points par rapport à la dernière vague d’enquête. A l’opposé, les sentiments positifs restent très rarement à un niveau stable (c’est le cas de la motivation – 36%) et baissent le plus souvent. C’est le cas pour la satisfaction (30%, -2 points), la confiance (23%, -2 points) ou encore la sérénité (-3 points). Seul l’espoir enregistre une très légère hausse (+2 points). Au global, le niveau de ressenti de sentiments négatifs atteint aujourd’hui un niveau record depuis le lancement du baromètre en novembre 2006 (72%, +5 points), tandis que les sentiments positifs liés au travail atteigne leur niveau le plus bas (64%, -3 points comme en novembre 2007).

Désormais, les salariés expriment des craintes non seulement à propos de leur pouvoir d’achat mais aussi du maintien de leur emploi.

Là encore, on note une réelle symétrie entre les opinions aujourd’hui affichées par les chefs d’entreprise et celles des salariés. Invités à exprimer leur principale préoccupation pour les prochains mois, les salariés citent toujours en premier leur niveau de salaire (49%, -3 points). Toutefois, dans le même temps les craintes remontent en ce qui concerne le maintien de l’emploi (32%, +5 points).

De fait, le niveau d’inquiétude est aujourd’hui tel que les salariés éprouvent désormais des craintes multidimensionnelles liées non seulement au pouvoir d’achat mais aussi de plus en plus à l’emploi. On note aussi qu’en plein mouvement social sur la remise en cause des 35 heures, les salariés n’affichent pas une préoccupation plus forte vis-à-vis du temps consacré à leur travail (15%, -2 points).

Des prévisions extrêmement pessimistes sur l’évolution du pouvoir d’achat dans les prochains mois

C’est l’un des indicateurs qui subit l’une des dégradations les plus importantes de cette sixième vague de l’Observatoire des Acteurs du Travail. Désormais, une majorité de salariés anticipe une diminution de leur pouvoir d’achat (52% contre 41% lors de la dernière vague d’enquête). Parmi eux, 25% estiment même qu’il va nettement baisser. A l’opposé, seulement 34% considèrent qu’il va rester stable et 13% qu’il va augmenter.

Dans ce contexte, les salariés affirment être à l’affût des opportunités professionnelles qui pourraient leur être proposées

Face à une situation qu’ils anticipent comme étant de plus en plus préoccupante pour leur pouvoir d’achat, les salariés se disent très vigilants sur les occasions qui pourraient leur être proposées. De fait, seulement 35% d’entre eux font aujourd’hui confiance à leur dirigeant pour leur proposer des augmentations de salaires stimulantes. L’enquête a d’ailleurs montré que la grande majorité des entrepreneurs avoue que les prochains mois vont être difficiles en ce qui concerne les augmentations de salaires. Dans le même temps, une part très importante des salariés et des chefs d’entreprise considère qu’il est non seulement difficile pour les entrepreneurs de réussir à faire rester les meilleurs salariés (59% des salariés et 50% des dirigeants) mais aussi difficile de recruter ceux qui ont les profils et les expériences recherchées (opinion partagée par 66% des salariés et 83% des chefs d’entreprise).

Conséquence, la grande majorité des salariés affirme aujourd’hui être attentive aux opportunités professionnelles qui pourraient s’offrir à eux (64%). Cette attitude n’est pas seulement le fait des cadres (63%) mais aussi des professions intermédiaires (61%), des employés (64%) et des ouvriers (70%). Ces deux dernières catégories, dont les revenus sont souvent plus modestes, sont aussi celles qui souffrent le plus de l’érosion du pouvoir d’achat. Il s’agit là d’une attitude très répandue, accentuée par un accès de plus en plus facile aux offres d’emplois (notamment par internet).

Près d’un quart des salariés considère même qu’il aura sauté le pas et quitté l’entreprise ou la structure dans laquelle il travaille d’ici deux ans (25%). La nécessité de mouvement pour accroître ses chances de faire carrière et augmenter son pouvoir d’achat est une idée qui est aujourd’hui majoritaire : désormais 53% des salariés considèrent que pour réussir sa vie professionnelle, il faut changer régulièrement d’entreprise ou d’établissement afin de multiplier les expériences. A l’opposé, une minorité pense qu’il vaut mieux rester dans la même entreprise ou le même établissement afin de gravir peu à peu les échelons (42%). Ce sentiment n’est pas l’apanage des cadres (72% considèrent qu’il faut changer d’entreprise). Il est aussi partagé par la majorité des professions intermédiaires (60%). En ce qui concerne les employés et les ouvriers, ils sont désormais très partagés sur la question puisqu’ils se distribuent en deux parts équivalentes sur le sujet (48% des employés et 46% des ouvriers considèrent qu’il faut bouger pour faire carrière).

Au moment de l’embauche, les entretiens entre patrons et candidats risquent de devenir de plus en plus difficiles : certaines incompréhensions

Les salariés ont donc actuellement un peu plus le sentiment que les patrons ont du mal à garder leurs meilleurs éléments et à recruter les profils les plus intéressants (avis partagé par bon nombre de chefs d’entreprise) et la tonalité des entretiens s’en ressent déjà. Bon nombre d’entrepreneurs considèrent que les salariés sont aujourd’hui de plus en plus exigeants sur le contenu des réponses données à leurs questions (46%), méfiants par rapport à ce qui leur est dit (42%) et curieux sur l’ensemble des sujets qui concernent l’entreprise (34%). Cela suscite de l’incompréhension chez presque un patron sur deux (46%), parfois de l’agacement (37%), plus rarement de la colère (17%).

Le fait est que les chefs d’entreprise n’identifient pas toujours bien les principaux critères que font jouer les salariés-candidats au moment de leur choix. Lors des entretiens, les dirigeants insistent essentiellement sur les conditions de travail (46%) et dans une moindre mesure sur la localisation géographique par rapport à la résidence (29%) et le salaire (27%). Or, pour les salariés, c’est bien la localisation géographique qui est la plus importante (citée loin devant par 56% des salariés). Nul doute qu’avec la flambée des prix du pétrole, ce critère est appelé à prendre de plus en plus d’importance à leurs yeux. Juste derrière, le niveau de salaire est logiquement cité à un très haut niveau (44%).

Les salariés ne sont toutefois pas prêts à partir à la première occasion : en moyenne, une augmentation de 24% de salaire est un minimum

Il semble que dans un contexte où bon nombre d’entre eux considèrent que le pouvoir d’achat mais aussi le maintien de leur emploi vont être des préoccupations majeures dans les prochains mois, beaucoup de salariés ne veulent pas lâcher la proie pour l’ombre. D’abord parce qu’ils se montrent au final majoritairement attachés à leur entreprise (79% (contre 80% en 1998). En dix ans, ce chiffre n’a pas évolué. Par ailleurs, l’enquête montre que 54% des personnes interrogées ont confiance dans leur structure pour leur proposer des évolutions professionnelles qui correspondent à leurs aspirations. Ensuite parce que les craintes qu’ils éprouvent font que le départ est beaucoup plus considéré comme dangereux et le prix du danger est aujourd’hui relativement élevé. En effet, une proposition d’augmentation de 24% par rapport à leur salaire actuel serait nécessaire pour susciter leur départ.

« Le niveau d’inquiétude qui monte, selon notre Observatoire, corrélé à un moral des ménages au plus bas depuis 20 ans, démontre l’impérieuse nécessité de créer, pour les entreprises, donc pour l’emploi, des conditions nouvelles pour qu’elles puissent recruter davantage et mieux », souligne Françoise Gri, président de Manpower France.

Vous pouvez télécharger l’étude au format PDF (1 Mo)

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