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Pourquoi un mauvais manager est-il… un mauvais manager ?

Par Gaël Chatelain, conférencier et écrivain

Que c’est difficile d’être un manager ! Je l’ai été pendant plus de 20 et je l’ai constaté par moi-même, parfois à mes dépens. Il ne s’agit donc pas dans cet article de tirer à boulets rouges sur les managers, loin de moi cette idée, mais d’essayer de comprendre pourquoi certains managers n’ont de manager que le titre…. Si le mal est identifié clairement, le remède doit pouvoir se trouver facilement !

Pour illustrer mon propos, je vais utiliser BoB, le « héros » de mon ouvrage Mon boss est nul, mais je le soigne, mais également de la nouvelle web-série « les CONseils de BoB ». BoB est le pire manager que la planète a jamais connu. C’est bien simple, si vous pensez à un défaut qu’un manager peut avoir : BoB l’a !

BoB n’est pas fondamentalement méchant, et en cherchant je ne lui trouve pas d’excuse, mais 2 explications concrètes à son mauvais management :

1-   La formation

Personne n’a jamais expliqué à BoB ce qu’était un bon manager. Difficile de le blâmer. Je suis moi-même diplômé d’une grande école de commerce et durant mon cursus, je n’ai pas eu un seul cours de management, pas un seul ! Peut-on pour autant blâmer les écoles ? Oui… et non !

NON : le rôle d’une école est de former des personnes pour avoir un travail après l’obtention d’un diplôme. Or, rares sont les jeunes diplômés qui ont un travail de manager juste après leur diplôme ! Ainsi, les écoles se concentrent sur des formations purement techniques (marketing, finance, vente, etc.) pour rendre les jeunes diplômés opérationnels le plus rapidement possible ! Vous ne verrez jamais d’annonce d’emploi disant « cherchons jeune diplômé pour manager une équipe de 10 personnes ». Les formations sont donc purement pragmatiques et notre cher BoB est un excellent technicien… mais c’est inutile pour manager.

OUI : à mon époque (eh ho, ça va, ce n’était pas la préhistoire non plus), il n’y avait aucun cours pour expliquer comment gérer une équipe, quels étaient les travers qu’un manager ne devait pas avoir. Si mes souvenirs sont bons, et je crois que c’est le cas, il y avait quelques cours optionnels de psychologie en RH. Mais un bon Directeur Financier ou un bon Directeur Marketing ne doit-il être qu’un formidable technicien ? Non, 1 000 fois non. Plus quelqu’un avance dans sa carrière et la hiérarchie, plus ces compétences purement techniques vont s’effacer derrière ce que l’on appelle les softs skills (capacité d’écoute, créativité, empathie, etc.). Je suis allé sur le site Internet de mon ancienne école de commerce… j’ai fouillé le site : pas UN mot sur la gestion de l’humain (en tout cas, après avoir épluché pendant une heure leurs programmes… c’est peut-être caché quelque part). Comment voulons-nous faire évoluer la culture du management si dès le plus jeune âge nous n’apprenons pas qu’au cours d’une carrière, l’humain passe au-dessus pour les personnes qui souhaitent prendre des responsabilités ?

Au même titre que les études de médecine intègrent désormais une (petite) dose de psychologie si importante dans la relation au malade, il faudrait que les formations intègrent une (grosse) dose d’apprentissage de la relation à l’autre !

2-   Les systèmes de promotion interne

BoB ne se pose pas mille questions. Il est manager, et ça lui va bien ! À quoi bon se remettre en question. S’il a ce poste, c’est qu’il le mérite. Ce n’est pas tout à fait faux à ceci près qu’il n’a pas les compétences pour être manager. Et le paradoxe est que les promotions sont généralement données, dans le privé comme dans le public, à la personne la plus performante techniquement dans son métier pour encadrer ses pairs. Devenir manager est devenu une récompense. Or, le meilleur commercial sera-t-il forcement le meilleur Directeur Commercial ? Non ! Bien évidemment. Certaines entreprises accompagnent le passage du stade de collaborateur/trice à celui de manager par un vrai cycle de formation. Cela prend du temps, de l’argent, mais c’est tellement fondamental. BoB est devenu manager du jour au lendemain sans que personne ne lui explique ce que cela signifiait en termes de compétences. Dans certaines administrations, le manager nommé, c’est celui ou celle qui a le plus d’ancienneté comme si cette dernière était gage de qualité managériale !

Conclusion

Je ne crois pas qu’un mauvais manager le soit par nature (à quelques exceptions, mais cela relève de la psychiatrie). Il est possible de devenir un manager correct si tant est que quelqu’un nous ait expliqué ce que cela signifie. Il n’y a pas d’âge pour apprendre, mais encore faut-il que nous le décidions et que surtout notre entreprise s’en donne les moyens. Il ne serait pas aberrant qu’avant qu’une collaboratrice ou un collaborateur devienne manager, il ait un diplôme à passer avant afin de valider qu’elle/il possède les softs skills suffisantes pour jouer son rôle comme il se doit. Qu’en pensez-vous ?

Le contributeur :

Depuis 5 ans, après 20 années d’expérience en tant que manager, je consacre du temps à conseiller les entreprises sur leur transformation numérique et, surtout, sur la mise en place de politiques RH qui tournent autour de la bienveillance et du management bienveillant.

Egalement auteur, mon livre « Mon boss est nul mais je le soigne » est sorti chez Hachette/Marabout en Mars 2017.

Enfin, je donne régulièrement des conférences sur les moyens que nous avons pour améliorer notre quotidien en entreprise.

Découvrir son blog : www.gchatelain.com

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