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Nous avons cru dans une équipe qui se relevait d’un échec et on a (tellement) bien fait…

Par Cyril Bertrand, VC chez XAnge

En août dernier, News Republic, start-up bordelaise qui a créé une application mobile d’agrégation de contenus annonçait son rachat par Cheetah Mobile. Depuis 2012, XAnge était l’un de ses trois investisseurs et j’ai eu le privilège de suivre toute l’aventure de l’intérieur.

Cette histoire, parce qu’elle est belle mais aussi faite de montagnes russes émotionnelles pour les fondateurs, les équipes –et leurs VCs!!- mérite d’être racontée.

L’histoire de News Republic commence avec In-Fusio, l’échec douloureux de la précédente aventure entrepreneuriale de ses fondateurs.

En 2009, quand il crée News Republic, Gilles Raymond est déjà bien connu des VCs. Il est le co-fondateur et ancien CEO d’In-Fusio, pépite française spécialisée dans les services pour jeux sur mobile. L’histoire, malheureusement, se termine dans la douleur avec une vente à la casse en 2007.

Pour un VC, In-Fusio devient alors l’exemple parfait du risque que prend un Board quand il refuse une belle offre (comprendre, un exit à X3 ou plus). Dans le cas d’In-Fusio, Yahoo était semble-t-il prêt à mettre 300M d’euros mais certains VCs du Board voulaient davantage…

Toujours difficile de savoir s’il faut vendre ou continuer. Pour ce qui me concerne, il faut deux solides vérifications pour laisser une bonne offre:

  • Le management est motivé pour continuer (s’il y a ambiguïté, il n’y a pas d’ambiguïté …) ;
  • Il n’y a pas de menace stratégique majeure à l’horizon (pas facile à évaluer dans le digital).

 

Dans le cas d’In-Fusio, il semblerait qu’aucune de ces deux conditions n’étaient alors réunies. De cet échec, Gilles m’a d’ailleurs dit un jour qu’il avait retenu trois leçons:

  • Dans la Tech, la 5ème force de Porter «Threat of Substitution» est un animal rapide et fatal. In-Fusio maîtrisait presque toute la chaine de valeur (technologie, édition, distribution) mais la menace est arrivée d’un coup. Sans prévenir. Java a ouvert l’environnement et la concurrence s’y est engouffrée en 18 mois. Résultat, dans le même temps, la valeur d’In-Fusio était divisée par 10;
  • Garder coûte que coûte sa culture de conquérants: les 5 premières années, tout avait été trop facile pour In-Fusio (croissance exponentielle, internationalisation réussie, trop d’argent levé) et l’équipe s’était progressivement endormie sur ses lauriers en privilégiant la gestion de ses acquis;
  • Il y avait trop d’investisseurs à bord et les fondateurs n’avaient pas sur les manager. Pour certains d’entre eux, In-Fusio représentait jusqu’à 70% de la valeur du portefeuille et ils transmettaient à l’équipe leur pression en intervenant directement dans l’opérationnel. De plus, les investisseurs de deuxième niveau et les lead investors n’étaient pas alignés ce qui entrainait des tensions chroniques au sein même du Board et avec le top management.

 

Avec l’expérience In-Fusio et les enseignements qu’ils ont su en retirer, Gilles et ses associés se sont vite projeter vers un nouveau défi: News Republic.

Trois fois (en 2009, 2010 et 2011), le dossier News Republic arrive sur mon bureau et, trois fois, je ne donne pas suite. En 2009, ni le produit, ni le marché ne sont prêts; en 2010, le produit n’est pas encore différentié des concurrents (Zite, Pulse, Flipboard); et en 2011, même si je suis de plus en plus intéressé, je ne vois pas encore le potentiel pour en faire un «big hit».

Malgré ces trois refus, on se parle régulièrement. Depuis le début, je suis séduit par la qualité et l’expérience de l’équipe de fondateurs. Si In-Fusio n’avait pas été un succès d’un point de vue financier, l’équipe avait néanmoins prouvé sa capacité à créer de la valeur: un produit en phase avec son marché, une ambition internationale, une capacité à s’entourer des meilleurs, à lever des fonds et… à vendre.

La décision d’investissement arrive en 2012. Pourquoi?

  • La news sur smartphone commence à s’imposer et nous pensons que la délinéarisation de l’info est une tendance de fonds;
  • La sortie rapide de Zite vers CNN, et Pulse chez Linkedin valide l’appétit de quelques grands acheteurs;
  • Google et Yahoo peinent à développer leurs propres outils.

 

Et même si la publicité en ligne (sans parler de la pub mobile) est en petite forme, on pense que le marché est mature. Et comme on suit de prêt l’équipe depuis 3 ans, on est confiant. XAnge est prêt à foncer.

On rejoint donc Creathor au capital de News Republic en 2012. En 2014, c’est Intel Capital qui entre à la faveur d’une série B. Et en 2016, News Republic fait une magnifique sortie en se faisant racheter par Cheetah Mobile.

Et derrière cette belle histoire, durant ces quatre ans, nous sommes passés par toutes les émotions.

Le pire:

  • La levée de fonds ratée de 2015 qui pousse l’équipe et le Board dans ses retranchements;
  • La trésorerie qui fond comme neige au soleil: à un moment, il ne restait plus qu’une semaine de cash…

 

Le meilleur:

  • Le partenariat avec HTC en 2014 –avec un magnifique coup de main d’un ancien du portefeuille XAnge, Cédric Mangaud;
  • Le marché de la monétisation publicitaire sur mobile qui finit par décoller en 2015
  • Le Board qui se serre les coudes en 2015 et décide de ré-investir à parts égales pour pour relancer la machine (et croyez-moi, il faut sacrément croire en un projet pour faire face à ses collègues sceptiques – les partners du fonds – et expliquer qu’il faut un complément d’investissement défensif) ;
  • Les 40 collaborateurs qui sont tous restés fidèles au poste pour aider l’équipe de management à délivrer une solide année 2015 au final. Les hommes sont la première valeur d’une société et News Republic a toujours été intransigeant sur le choix des profils et compétences dont elle s’entourait. Chez News Republic, les VCs eux-mêmes ont subi une due diligence, chose logique mais plutôt rare.

 

Au final, c’est la victoire d’une équipe et de sa qualité d’exécution. Le management et l’équipe ont su rester concentrés durablement sur les points durs à haute valeur. Au moment de sa sortie, News Republic couvrait 12 pays et avait nouée 1200 accords avec des médias, le tout en 6 ans et avec une équipe de 40 personnes.

Gilles, ok tu ne sors plus d’un échec maintenant -mais si un jour tu repars dans une nouvelle aventure entrepreneuriale, tu sais où me trouver 😉

Article initialement publié sur le blog Medium de XAnge

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cyril-bertrand-XAnge-2016

 

Cyril Bertrand est VC chez XAnge. Il est au board de LaRuche, ChauffeurPrivé, Odoo, Lydia, Ledger, AB Tasty & KKBB.

 

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