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La véritable recette de la productivité: repos, boulot, repos !

Guillaume Broutart, directeur France de Teamleader

Efficacité et productivité sont des objectifs que l’on retrouve sur toutes les feuilles de route managériales. Ils sont souvent accompagnés de leurs corollaires : pression et temps de travail à rallonge. Pourtant, sur-solliciter son cerveau et jouer les prolongations au bureau produisent exactement l’effet contraire : depuis plusieurs années, les spécialistes pointent du doigt ces pratiques et mettent en avant le véritable allié de la productivité : des temps
de – vraie – pause. Pourquoi la productivité demeure alors associée à un trop-plein de travail, et quelles bonnes pratiques adopter pour la retrouver ?

La surproductivité : un héritage de la révolution industrielle

Plus une machine est en marche, plus elle est productive : ce principe acquis durant la révolution industrielle a permis des avancées considérables. La transformation numérique a suivi, apportant une illusion de toute-puissance grâce à l’incroyable gain de temps qu’elle nous permet de réaliser sur des tâches autrefois chronophages. Une illusion, car l’énergie investie est toujours la même quel que soit le temps passé. Une énergie que nous sollicitons d’autant plus que la collaboration est intense (espaces partagés, travail collaboratif) et les sollicitations du travail plus présentes avec les smartphones, brouillant les dernières frontières entre temps de travail et temps de repos. Et puisque la productivité est associée à l’absence de repos dans le cas des machines, nous avons tendance à transposer, sans nous en rendre compte, ce principe aux collaborateurs humains. La surchauffe cérébrale n’est jamais loin.

Le repos n’est pas synonyme d’oisiveté, mais de relance de l’efficacité

En 1992, un jeune étudiant du Wisconsin (Etats-Unis) découvre, en travaillant sur une machine IRM, que l’activité du cerveau ne s’arrête jamais, même lorsque celui-ci est au repos**. Marcus Raichle, professeur de radiologie à la Washington University School of Medicine, baptisera cette activité le “réseau du mode par défaut”. Essentiellement basée sur l’introspection, la projection dans l’avenir, le vagabondage de l’esprit, cette activité consomme 20% de l’énergie du corps. Elle nous permet de prendre du recul sur l’effervescence de la vie et d’avoir une meilleure capacité de prise de décision, primordiale en entreprise. Elle n’a pas uniquement lieu pendant notre sommeil : même en état d’éveil, le cerveau a besoin de temps de repos réguliers. La chaire talents de la transformation digitale, composante de Grenoble École de management, a ainsi mené deux études sur les effets de l’errance mentale. Il en ressort qu’un cerveau qui se repose fait gagner à son propriétaire jusqu’à 10% de performances en plus :
La médecine du travail préconise d’ailleurs un repos de vingt minutes environ (la fameuse micro-sieste, ou “powernap”, ou un temps d’arrêt simple) après une heure d’activité, pour relancer l’activité.

En entreprise, se relier à l’humanité des collaborateurs favorise la productivité

La crise et la saturation du marché de l’emploi ont renforcé la peur de la précarité dans la plupart des catégories sociales, nous poussant à donner toujours plus pour renflouer la bourse. Une bourse qui n’est pas uniquement financière : la main qui nous nourrit fournit également la reconnaissance, la stimulation, l’émulation et le lien social dont tout collaborateur a besoin pour travailler. Redevables envers nos employeurs ou nos clients, nous percevons le moindre arrêt de travail comme une perte de temps. Difficile de s’autoriser à rêvasser en regardant par la fenêtre dans ces conditions !

Néanmoins, une attitude basée sur le présentéisme et la surproduction est tout sauf bénéfique. Preuve en est que les Français, s’ils sont classés parmi les moins travailleurs d’Europe en termes de temps de travail dans certains secteurs, sont également les plus productifs. La France est en effet le cinquième pays d’Europe le plus productif, en termes de richesse produite par heure de travail, selon l’OCDE.
Les entreprises auront tôt fait les frais d’une exigence irréaliste : au mieux, elle mène à une contestation générale, au pire, à l’inefficacité.

Retrouver l’objectif premier de la productivité : travailler mieux…pour vivre mieux

Le travail c’est la santé, rien faire c’est la conserver : à bien y regarder, ce refrain reflète plus la réalité qu’il n’en a l’air. Si l’étymologie du travail renvoie à l’idée de « voyager vers un but en franchissant des obstacles » (travel, trabajar), la productivité prend tout son sens quand on l’associe davantage à un accomplissement collectif qu’à des gains immédiats. C’est ici que les progrès réalisés grâce au numérique trouvent leur utilité.

Nous savons en effet que les outils de productivité ont pour objectif d’optimiser le temps de travail ; mais que faisons-nous du temps de travail ainsi gagné ? Le plus souvent, par automatisme peut-être, par habitude et par peur de perdre en efficacité sans doute, nous ré-investissons ce temps dans le travail, tout comme on réinvestit ses bénéfices dans d’autres activités. Nous confondons ainsi le résultat (plus de bénéfices, plus de résultats) avec le moyen (les ressources humaines). Il est donc temps de retrouver le véritable objectif de la productivité : permettre aux humains de mieux vivre leur vie, de prendre plus de temps pour eux, avec pour résultat un travail plus efficace, plus productif, plus…investi.

Dès lors, l’équation est simple : si le bénéfice vient de la productivité, la productivité vient du repos.

*Bharat Biswal, ingénieur biomédical à l’université du New Jersey : “Functional Connectivity in the Motor Cortex of Resting Human Brain Using Echo-Planar MRI”.
**Article paru dans les « Comptes rendus de l’Académie des sciences américaine (PNAS) »

Le contributeur :

Crédit: Teamleader

Guillaume Broutart est diplômé de la business school TEM (Institut Mines-Télécom) en management stratégique, Guillaume Broutart est directeur France chez Teamleader. Il a forgé son expérience dans la vente et dans le management en France et en Australie, chez Sagem (Safran) ou récemment comme directeur commercial chez la FinTech FIS. En septembre 2017, il rejoint Teamleader pour piloter l’implantation de la startup en France.

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