Tribune

La formation devient-elle un métier de «contenus»?

Nouveau billet sur certaines idées que j’ai ramené de HRTech en octobre dernier. Celui-là concerne la formation et résulte de quelques observations et, plus tard, de l’intervention d’Adam Miller, CEO de Cornerstone.

La fin de l’ingénierie de formation?

Je crois que la France est le pays au monde à avoir appliqué le terme d’ingénierie à la formation mais globalement l’idée de conception a historiquement été centrale dans la formation. Conception des catalogues, des parcours, des modules etc… Quitte à ressembler à une usine à gaz le dispositif global de formation d’une entreprise devait donc être conçue de la même manière qu’on conçoit des usines, des chaines de production. De toute manière il avait le même objectif: répliquer un modèle standardisé à la perfection et à l’infini.

Vous pourrez me dire que de l’eau a coulé sous les ponts depuis, le modèle survit toujours et fait de la résistance. Tellement ancré dans les mœurs qu’il est dur de déloger quand bien même on a conscience qu’il faut passer à autre chose et qu’on travaille à cet autre autre à la marge.

Peut-on usiner et processer une machine qui doit faire de la personnalisation à grande échelle? Car c’est bien là l’enjeu qui se pose aujourd’hui: passer d’un modèle de standardisation à grande échelle et personnalisation à petite échelle à son exact opposé.

Quand la formation s’affranchit des contraintes humaines

Je ne critique en rien l’ancienne approche: bonne ou mauvaise, elle était la seule possible. Comment construire et tenir le contrôle d’un process qui ne gère que des exceptions? Un tel process n’est plus un process donc n’est plus pilotable donc ne répond pas aux exigences et aux besoins des entreprises. D’où l’extrême standardisation. Sauf que c’est de moins en moins vrai.

Pour coller aux besoins des collaborateurs (et donc incidemment de l’entreprise) on se dirige lentement mais sûrement vers quelque chose de:

  • plus granulaire
  • délinéarisé
  • personnalisé

Un pas de plus dans la logique de consumérisation de la formation: j’ai surtout entendu mettre l’accent sur la trouvabilité du contenu de formation et sa facilité à être consommé.

Trouver, choisir consommer: l’apprenant consommateur

Pour ce qui est de la trouvabilité si les moteurs de recherche s’améliorent, les moteurs de recommandation vont assurément prendre le pas sur la recherche humaine et être déterminants dans le processus de choix de la part du collaborateur.

Pour ce qui est du parcours, délinéarisé et personnalisé, l’intelligence artificielle prend le pouvoir car elle seule peut faire ce qui représentait une tâche beaucoup trop complexe pour des humains. Ayons l’humilité de dire qu’elle est loin d’être parfaite aujourd’hui et que je me garde d’acheter sans réserve le discours des éditeurs mais ayons aussi la certitude qu’on s’achemine à terme vers un monde ou le parcours de formation seront conçus pour chacun, en temps réel, par des machines.

Reste la question de la consommation qui appelle celle du contenu qui doit être à la fois pertinent et… facile à consommer.

Quand l’ingénierie va aux machines il ne reste plus que le contenu

Si on part du principe que la conception du parcours de l’apprenant sera de plus en plus l’affaire des machines, que reste-t-il aux professionnels de l’information? Les contenus.

L’ingénierie va-t-elle peu à peu disparaître au profit de la capacité à produire et proposer les bons contenus? C’est en tout cas ce vers quoi on va si on écoute nombre d’éditeurs. Même si c’est à rendre avec le recul nécessaire, quel discours un éditeur dont le core business est le learning peut-il tenir à part «on va vous apporter l’excellence dans l’ingénierie pédagogique, à vous de vous occuper des contenus»? Aucun, à part «au fait on s’occupe des contenus aussi».

Est-ce pour autant une dévaluation du métier? Sûrement pour les tenants de la logique usine à gaz pour qui les gens ne peuvent pas apprendre si des experts ne leurs disent pas quoi et quand et considèrent que jamais une machine n’aura le niveau de pertinence des experts en question. Moins pour ceux qui considèrent que le meilleur dispositif de formation ne vaut rien si son contenu n’est pas pertinent ou pas compréhensible ou pas consommable donc in fine pas mémorisable et sans grand impact.

De toute manière si on pense que le parcours idéal ne peut être que délinéarisé et personnalisé il n’y a pas d’autres voies.

Deux choses pour finir le sujet de la formation.

1°) On a très peu voire pas parlé de MOOCs à HRTech. Un oubli? Une approche qui s’est normalisée? Ou une approche en perte de vitesse?

2°) Et une question iconoclaste entendue ça et là: on est d’accord sur cette direction que prend la formation, mais….le e-learning fonctionne-t-il pour tous et pour tout? Je vous laisse y répondre.

L’expert:

bertrand-duperrinBertrand Duperrin est Digital Transformation Practice Leader chez Emakina. Il a été précédemment directeur conseil chez Nextmodernity, un cabinet dans le domaine de la transformation des entreprises et du management au travers du social business et de l’utilisation des technologies sociales.

Il traite régulièrement de l’actualité social media sur son blog.

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