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Intelligence artificielle, robotisation : la technologie est au service des décisions humaines

Par Alain Roumilhac, President ManpowerGroup France at ManpowerGroup

On l’a beaucoup lu, environ 50% des tâches effectuées par les hommes aujourd’hui pourraient d’ores et déjà être automatisées. De là à en conclure que 50% des emplois vont disparaître ? A la peur de la substitution technologique, il est temps d’opposer une nécessaire pédagogie autour des enjeux complexes que le déploiement de l’intelligence artificielle nous impose d’explorer. En donnant à la « robolution » son sens et sa direction, nous pouvons en faire une révolution humaine, au service du plus grand nombre.

Aujourd’hui, personne n’est capable de trancher avec certitude le débat sur le nombre d’emplois concernés par le spectre de la substitution technologique. Pour ce qui concerne la France, le Conseil d’Orientation pour l’Emploi (COE) estimait prudemment en 2017 que « moins de 10% des emplois existants présentent un cumul de vulnérabilités susceptibles de menacer leur existence dans un contexte d’automatisation et de numérisation ».

Les 90% restant ne seraient pas en reste : le même COE affirme que la moitié des emplois existants pourrait voir son contenu notablement ou profondément transformé !

C’est donc une transformation massive des méthodes de travail qu’il faut anticiper – et non une « AI-pocalypse » destructrice agitée comme un chiffon rouge par certains. En première ligne de cette mutation, comme de toutes les transformations qui jalonnent le cycle de vie des entreprises, il y a les directions des Ressources Humaines.

L’IA, une affaire de DSI ?

A ceux, nombreux, qui pensent encore que l’intelligence artificielle est un sujet pour la DSI, je dis qu’ils se méprennent sur la réalité de l’adoption des nouvelles technologies dans les organisations. J’en suis convaincu depuis des années, et les retours de terrain le confirment, la transformation digitale est avant tout une transformation managériale et humaine. C’est donc un sujet pour les RH d’abord.

Alors que le déploiement de l’IA implique de faire adopter aux organisations et aux collaborateurs de nouveaux processus et de changer en profondeur nos manières de travailler, les directions des Ressources Humaines ont un rôle d’accompagnement crucial à jouer.

D’abord parce que pour pouvoir la déployer, il sera indispensable de savoir créer un climat serein et de construire un cadre éthique autour de ces nouvelles technologies. L’objectif : faire des robots non des compétiteurs, mais de nouveaux « collègues », au service des individus.

Il ne suffit donc pas de mettre en avant les gains attendus – et avérés – en matière de compétitivité et de productivité, mais les avantages ayant trait au travail en lui-même, au niveau des individus.

Comme l’anticipe Olivier Dario, délégué général du Symop (Syndicat des machines et technologies de production), « dans l’industrie du futur, l’opérateur n’est plus asservi à la machine, il devient beaucoup plus responsable des opérations ».

Aux RH, donc, d’endosser ce rôle clé d’impulsion et d’empowerment, ou comment donner du sens à la nouvelle relation qui se tisse entre l’humain et la technologie… et en préparer les nombreuses conséquences dans les organisations.

Miser sur ce que nous avons de plus humain

 Si l’automatisation promet de diminuer drastiquement le coût de certaines tâches et de réduire la pénibilité d’autres, elle va dans le même temps valoriser certaines compétences… proprement humaines. Les soft skills (résolution des problèmes complexes, empathie, capacité à travailler en collaboration, créativité, communication…), encore loin de la portée des robots, seront plus que jamais cruciales.

Avec l’avènement de la collaboration Homme-machine, c’est donc une nouvelle ère qui s’ouvre. Dans ce paradigme où le cerveau du « cobot » est celui de son opérateur, les forces de la machine et de l’Humain sont utilisées de manière complémentaire, donnant naissance à ce que l’on est en droit d’appeler le « travail augmenté ».

Comment identifier puis développer ces nouvelles compétences là où elles sont nécessaires ? Par le biais de nouveaux outils dédiés, spécialement conçus pour détecter et évaluer les capacités non cognitives. C’est tout l’objet des expérimentations menées par ManpowerGroup, qu’il s’agisse du DigiQuotient ou encore de la Digital Room.

Cette dernière innovation, qui allie un logiciel d’intelligence artificielle à l’expertise du Groupe en matière de recrutement, est capable d’analyser, sans aucun biais de jugement, la connaissance du métier recherché, l’attitude du candidat en situation d’entretien et sa capacité d’adaptation.

L’IA au service de l’empowerment des individus

Pour les dirigeants, les collaborateurs et plus largement, les talents, ces nouveaux dispositifs représentent également l’occasion de mieux identifier leurs forces et leur potentiel sur un marché du travail en pleine mutation.

Pour mieux les développer si besoin ! On oublie trop souvent de le dire : derrière le déploiement de l’intelligence artificielle, l’enjeu crucial est bien celui de la formation des individus. Face à l’émergence de nouvelles tâches, il est essentiel d’anticiper en investissant massivement dans l’élévation des qualifications de chacun.

Grâce aux nouvelles technologies, nous sommes aujourd’hui plus que jamais en capacité de prendre le contrôle de notre formation, de nos compétences et de notre trajectoire professionnelle.

La transformation numérique n’est pas seulement une urgence, c’est aussi une opportunité de devenir, tous, acteurs du futur de l’emploi.

Le contributeur :

Alain Roumilhac, Président de ManpowerGroup France.

Né en 1961, Alain Roumilhac est diplômé de l’ENSAM (École Nationale Supérieure d’Arts et Métiers). Il débute sa carrière chez IBM France en 1984 où il occupe des postes commerciaux et de management.

Il rejoint IBM Global Services en 1995 et devient, en septembre 1999, Vice-Président de la Division des Services d’Infrastructures et de Maintenance pour l’Europe de l’Ouest.

En 2005, il est nommé Vice-Président d’IBM Global Services France, en charge des lignes de services (Strategic Outsourcing, Infrastructure Services et Maintenance).

En 2006, il rejoint le Directoire d’Osiatis, une SSII française de 3000 collaborateurs, en tant que Directeur Général en charge du développement commercial et des activités d’ingénierie.

En 2008, il est promu Directeur Général Exécutif d’Osiatis, poste qu’il occupera jusqu’en 2010 avant de créer CLEMADEL Conseil, cabinet de conseil en stratégie.

En avril 2011, Alain Roumilhac rejoint le groupe Manpower en qualité de Directeur Général en charge du développement, en France et en Europe du Sud, des marques Experis et ManpowerGroup Solutions.

En novembre 2012, il est nommé Président de ManpowerGroup France, groupe constitué des marques-filiales : Manpower, Experis, Proservia, Right Management, ManpowerGroup Solutions et FuturSkill.

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