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Existe-t-il un «bienveillant washing» chez certaines entreprises ?

Par Gaël Chatelain, conférencier et écrivain

La bienveillance en entreprise est devenue un argument pour un grand nombre d’entre elles. Pour attirer les talents, bien sûr, mais même parfois dans leurs campagnes publicitaires pour vendre des produits. La bienveillance est devenue bien plus qu’une mode, c’est devenu un impératif pour faire « moderne ». Quelle entreprise revendiquerait le fait de ne pas être bienveillante à l’égard de ses salariés ? Aucune, c’est une évidence. Et je n’ai à ce jour rencontré aucun manager me regardant droit dans les yeux pour me dire : « le management par la bienveillance, c’est vraiment pourri comme idée, moi, je suis toxique, et j’aime ça ». Bon… il y a bien Bob mais lui, heureusement, c’est de la fiction !

J’ai la grande chance de rencontrer beaucoup d’entreprises grâce à mon métier mais également de recevoir beaucoup de courriers sur mon blog. Force est de constater qu’il y a un décalage, c’est le moins que l’on puisse dire, entre les paroles et les actes. Se dire bienveillant ne suffit pas pour l’être, cela serait trop simple.

Des comportements néfastes parfois encouragés

Il m’est déjà arrivé de donner une conférence dans un grand groupe français avec un comité exécutif en apparence très volontaire pour changer les choses et intégrer la notion de bien-être des salariés dans la stratégie globale de l’entreprise. Malheureusement, il ne suffit pas d’avoir une politique de Qualité de vie au Travail pour changer en profondeur les comportements individuels. Sans ce dernier, pas de salut !

Ce qui me semble plus inquiétant dans certain cas, c’est qu’au-delà des discours, des comportements néfastes sont non seulement tolérés, mais encouragés : mail à toute heure du jour et de la nuit, réunions interminables, réunion à 19h00, discrimination de toutes sortes et j’en passe.  Et dans certaines entreprises me demandant d’intervenir, ces comportements sont la norme. Je vais vous raconter une anecdote incroyable. Une très, très grande institution du secteur public me demande de faire une conférence devant ses managers. 400 personnes visiblement très intéressées par ce que je raconte, notamment sur l’équilibre nécessaire entre la vie privée et la vie professionnelle.

À la fin de ma conférence, le président de cette institution vient me saluer et me dit cela : « monsieur Chatelain, très bien votre conférence mais que c’est pessimiste ». À cet instant, je pense qu’il plaisante car pour les personnes qui m’ont vu en conférence, beaucoup de reproches peuvent m’être faits mais « pessimiste », je ne comprenais pas. Je lui demande donc d’éclairer ma lanterne et il enchaîne : « mais, monsieur Chatelain, ce que vous dites va à l’encontre de tout ce que je veux mettre en place ici. Et ici, le travail passe avant toute chose, il n’y a que le travail dans la vie ! ».

Et cela est arrivé il n’y a que quelques semaines ! Je dois vous avouer que je n’en revient toujours pas d’avoir rencontré une telle caricature mais, en tant que dirigeant,« il donne le La ». Depuis, un vent de « révolte » souffle dans son établissement qui subit depuis des années un taux d’absentéisme et de burn-out impressionnant. Ce que je trouve fascinant, c’est que ce dirigeant est conscient qu’il y a un problème et c’est pour cela qu’il a validé ma venue… mais il refuse d’en voir la cause.

Le temps de l’action

Le problème est le changement d’habitudes et de comportements. Et c’est pour cela que je crois beaucoup à la technologie pour faire avancer le mouvement plus rapidement : Ourcompany pour évaluer le bien-être des salariés et libérer leur parole ou encore Wehobby pour donner l’opportunité à ses collaboratrices et collaborateurs de s’aérer les neurones, fermeture des serveurs mails à partir de 19h00, etc.

Le « bienveillant washing » n’a qu’un temps comme le «green washing » d’il y a quelques années qui a fini par se retourner contre quelques entreprises prétendant être vertueuses d’un point de vue environnemental alors qu’elles ne l’étaient en fait absolument pas. En 2030, les générations Y et Z représenteront 70% de la population active française et elles sont beaucoup plus exigeantes en termes de bien-être au travail, de sens et d’équilibre vie privée/vie professionnelle. Les entreprises qui n’auront pas mis en place une politique forte et concrète autour de ces thématiques auront du mal à recruter, et à garder des talents car contrairement à il y a une dizaine d’années, grâce notamment aux réseaux sociaux, l’image employeur évolue de façon incroyablement rapide.

Si vous reconnaissez votre entreprise dans ma description de « bienveillant washing » : agissez, proposez par exemple les applications dont je parle plus haut afin de faire prendre conscience en interne que pour changer, il faut agir. Cela semble idiot de rappeler cela… mais c’est tellement vrai !

Le contributeur :

Depuis 5 ans, après 20 années d’expérience en tant que manager, Gaël Chatelain consacre du temps à conseiller les entreprises sur leur transformation numérique et, surtout, sur la mise en place de politiques RH qui tournent autour de la bienveillance et du management bienveillant.

Il est également auteur du livre « Mon boss est nul, mais je le soigne » sorti chez Hachette/Marabout en Mars 2017.

Il donne aussi régulièrement des conférences sur les moyens que nous avons pour améliorer notre quotidien en entreprise.

Découvrir son blog : www.gchatelain.com

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